Témoignage de Mayotte

Nicolas, ancien paroissien et ancien vice-président du Conseil Presbytéral, nous transmet son témoignage sur sa nouvelle vie matérielle et spirituelle à Mayotte.

Dzaoudzi, lundi 29 septembre 2025, 07h30. Me voici arrivé à Mayotte après plus d’une dizaine d’heure de vol. 3 valises et mon chat Rhéa. Après avoir laissé ma famille, mes amis, mes soutiens en métropole. Si loin derrière moi.

Une nouvelle vie démarre, beaucoup de choses à construire. Je sais que je ne viens pas à Mayotte innocement, et puis j’ai compris depuis quelques semaines que je viens pour Mayotte. Mon ami Saddam est là comme convenu à l’aéroport. Il sera mon premier contact physique; je le connais depuis la métropole. Je dois lui faire confiance.

Karibou : voici le premier terme que vous entendez en foulant les pieds à Mayotte.

 

 

Très vite, on comprend que ce terme est traditionnellement utlilisé entre amis, dans les sorties et sur le lieu de travail. Cela signifie « bonjour – bienvenue ». Et il est attendu que chacun le prononce pour souhaiter la bienvenue.

 

 

Symbole de Mayotte, celui de se voir offrir un collier de fleurs (essentiellement du jasmin) ou en broche lors son arrivée. Ces colliers ou broches sont principalement fabriqués par des femmes qui utilisent un savoir-faire appliqué. Très rapidement, on s’aperçoit que cette tradition trouve sa place dans tous les événements festifs.

 

 

Nous arrivons à la maison en taxi collectif, à peine 10 minutes depuis l’aéroport. Tout est conforme à ce qu’on m’avait relaté. Je prends possession de la maison et je file avec Saddam faire mes premières courses alimentaires. Je découvre mon quartier, le dialecte local (le shimaoré).

Les jours qui suivent sont consacrés à la visite de mon île que l’on appelle Petite-Terre, aux premières démarches administratives et a repérer les moyens de déplacement pour rejoindre Mamoudzou, ville sur laquelle j’exercerai. Il me faudra rejoindre en taxi, à pied ou en vélo la navette fluviale , plus communément appelée la barge. Je découvre qu’il existe un verbe local, celui de barger qui signifier prendre la barge. Une rotation toutes les 15/20 minutes, le trajet dure 10/15 minutes pour relier Petite- Terre et Grande Terre (où se situe Mamoudzou). Et puis un peu de marche (surtout une grande montée) pour rejoindre mon bureau.

 

 

Mayotte est un territoire de contrastes, qui me rappelle très rapidement certaines villes d’Afrique que j’ai pu visitées. L’architecture se compose d’un habitat en dur (souvent des maisons de 3 étages, construites au fil du temps) et des bangas (petits bidonvilles); dans quasiment chaque rue co-existent ces 2 modes d’habitat. La circulation est relativement fluide dans les petites villes, tandis que Mamoudzou souffre de gros embouteillages quotidien. Les habitants des villages de Grande Terre devant travailler à Mamoudzou quittent souvent leur domicile vers 3h du matin pour arriver au travail vers 5h. L’après-midi chacun quitte tôt pour éviter de nouveau les embouteillages. A cela s’ajoute la quasi-absence de marquage au sol et de feux tricolores.

 

 

Terre de contrastes car Mayotte regorge de sites magnifiques, d’une faune et d’une flore incroyable. Des plages d’une réelle beauté. D’une histoire et d’une culture singulière. Mais Mayotte doit faire faire à de nombreux défis: se reconstruire après Chido, assurer une scolarité digne à chaque enfant (presque 15.000 enfants ne seraient pas scolarisés, et pour ceux qui fréquentent une école cela se fait par roulement), des dakous (jeunes délinquants) qui font office de coupeurs de routes, des ménages qui se trouvent à presque 70% sous le seuil de pauvreté, une pression migratoire qui est source de nombreuses tensions.

Je reste marqué par la résilience dont fait preuve chaque mahoraise et chaque mahoraise face à la crise sociale et économique que traverse Mayotte. J’entends très souvent « c’est comme ça« , « on n’a pas le choix« . Comme une forme de déterminisme auquel il serait impossible de s’émanciper.

 

 

Oui, vivre à Mayotte n’est pas simple, il faut savoir se contenter de peu de choses. Accepter de faire des courses dans des magasins avec parfois des rayons vides , et quand les rayons sont remplis les prix affichés sont au moins 50% plus cher qu’en métropole.

 

 

J’ai également intégré une communauté protestante, essentiellement composée de malgaches. Le pasteur Willy et son épouse viennent aussi de Madagascar. J’ y trouve ma place, avec de nouveaux repères, d’autres manières de suivre un culte. Il faut savoir que cette communauté rayonne sur tout Mayotte et ses locaux ont été fortement détruits par Chido. Située sur une colline de Mamoudzou, l’église a subi de plein fouet Chido. Les premiers cultes se sont tenus sus forme de cellule familiale avant qu’une salle en sous-sol puisse accueillir les offices.
Les travaux de restauration de la toiture sont très récents. Le logement du pasteur a été détruit , il est contraint d’occuper un ancien bureau qui a été réhabilité. Comme beaucoup d’établissements et de particuliers, la paroisse n’avait pas souscrit d’assurance; les travaux lui incombent totalement; le chantier est titanesque.

Le déroulé du culte est quelque peu différent de ce que j’ai vécu à la Paroisse de Pantin. 2 moments de récoltes par culte, l’un pour les dépenses de la paroisse et un autre pour financer les charges du pasteur.
Beaucoup de chants en malgache et en shimaoré viennent rythmer chaque culte.Une retransmission en direct via les réseaux sociaux est proposé afin que les paroissiens éloignés puissent suivre le culte.Et chacun est amené à prier dans la langue qui lui est facile; ainsi le culte résonne de différentes langues.

Une chorale est présente dans la communauté, elle bénéficie d’une renommée locale et participe à différents événements cultuels avec d’autres communautés chrétiennes de Mayotte.

 

 

Déjà 6 mois à Mayotte, le temps passe si vite. J’ai visité une petite partie du territoire, il me reste tant de choses ici à découvrir et à vous raconter…

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